Le changement climatique

Cet espace thématique est consacré aux effets du dérèglement climatique sur les peuplements forestiers de Nouvelle-Aquitaine notamment sur le chêne pédonculé et les taillis de Châtaignier.

Il évoque également les arboretums d’étude forêt-climat regroupés sous le vocable REINFFORCE et CLIMAQ.

L’impact du dérèglement climatique sur la forêt

On constate d’ores et déjà les premiers effets du dérèglement climatique sur les peuplements forestiers : modification des aires naturelles de répartition des essences, augmentation de la fréquence des tempêtes, sécheresses, dépérissements...

Le changement climatique impacte la forêt, mais l’inverse est également vrai, les forêts peuvent atténuer l'effet de serre.

Les arboretums du réseau européen Reinfforce Arc Atlantique ont été mis en place en 2009 ; ce réseau a initié la réalisation de 41 sites de démonstration de sylviculture adaptative et de 34 arboretums installés le long du littoral atlantique du sud du Portugal au sud de l’Ecosse.

Poitou-Charentes héberge 3 arboretums, dont celui de la Chétardie situé à Exideuil (16). Il a fait l’objet du témoignage de son propriétaire, M. Lucien TISSEUIL, à l’occasion du Forum Forêt-Changement climatique qui s’est tenu à Paris le 13 novembre 2015.

Outre les deux autres arboretums picto-charentais de Chey et de Chantecorps, la région Nouvelle-Aquitaine compte des sites de démonstration de sylviculture adaptative et des arboretums.

À consulter :


Pour une gestion forestière adaptée aux évolutions climatiques

Le défi pour les forestiers consiste à adapter la sylviculture, activité de long terme par nature, à des évolutions climatiques de plus en plus rapides auxquelles les essences en limite stationnelle ne peuvent plus faire face naturellement.

Les adaptations portent essentiellement sur le choix des essences et des régimes, le soin apporté à la protection des sols dans un contexte de mécanisation généralisé des récoltes (sélectives ou totales), le dynamisme de la gestion et sur quelques astuces de bon sens.

Lors du renouvellement des peuplements, le sylviculteur devra obligatoirement effectuer une analyse des conditions stationnelles. Outre les éléments climatiques, il évaluera le potentiel de ses sols.

Il implantera une essence adaptée à la station en prenant une marge de sécurité (voir les fiches essences). Ne pas hésiter à se faire conseiller par un technicien forestier.

En matière de gestion, le sylviculteur s’efforcera, par une gestion dynamique, de ne pas maintenir les peuplements trop serrés. Des peuplements plus sains sont plus résistants aux stress hydriques. Par ailleurs, une gestion dynamique diminue l’âge de la récolte, ce qui diminue également la probabilité d’être impacté par un accident climatique.

Enfin, le fait de varier les essences peut contribuer à une meilleure résistance aux effets du dérèglement climatique.


Etude sur le dépérissement des taillis de châtaignier

Une étude sur l’état sanitaire des taillis de châtaignier a été réalisée en 2014, grâce au soutien financier de l’Etat. Conduite en Charente, celle-ci avait pour objectif de quantifier l’importance des zones dépérissantes, d’essayer d’en comprendre les causes et de proposer des solutions ou du moins des pistes d’amélioration.

Sur les pays Sud-Charente et Horte & Tardoire où les inventaires de terrain ont été réalisés, un tiers des taillis sont dans un mauvais état sanitaire. Le chancre est présent de manière significative dans 70 % des 120 placettes étudiées. Dans près de la moitié des cas, il guérit spontanément : on parle de chancre hypovirulent. Dans les autres cas, il est virulent : la qualité et la vigueur des arbres sont très diminuées. Par ailleurs, près de 10 % des placettes inventoriées sont touchées par l’encre, maladie racinaire souvent à l’origine de mortalités massives et brutales. Ce pathogène est bien plus présent qu’on ne le pensait il y a quelques années. Outre ces deux maladies, d’autres facteurs influent sur l’état sanitaire des arbres : conditions climatiques, sol, type de gestion pratiquée, conditions d’exploitation,…

L’étude a mis en évidence que les dépérissements étaient principalement liés à deux facteurs : la faible fertilité des sols et la présence du chancre. Les secteurs les plus sensibles correspondent aux sols très acides ou présentant un déficit hydrique estival important. Le chancre est plus virulent lorsque la température moyenne annuelle est supérieure à 12,5° C sur des sols déficitaires en eau. Ces secteurs correspondent aux zones où la température moyenne annuelle a augmenté de plus de 0,6° C au cours des 30 dernières années.

Dans les situations critiques, malheureusement les plus fréquentes dans le sud de la Charente, le châtaignier ne pourra pas être maintenu comme essence objectif. Il devra alors être remplacé par une essence plus adaptée, soit par plantation en plein, soit par enrichissement par bandes.

Les résultats de cette étude, réalisée localement avec une élève ingénieure (Elodie DEGARDIN) et en liaison avec le Département de la Santé des Forêts, n’ont pas vocation à être généralisés. Néanmoins, le mauvais état sanitaire du taillis de châtaignier est bien réel et ne peut malheureusement que s’aggraver dans un avenir proche.

Courant 2016 une seconde étude a été réalisée sur le même territoire Sud-Charente et Horte & Tardoire par Clément Bourel (élève ingénieur à l’ENSSA Bordeaux). Son travail a porté sur l’évaluation de différents moyens de remise en état de taillis dépérissants, en se référent aux nettoyages post-tempête 1999. Dans les parcelles où les souches ont été arrachées ou croquées il est observé l’émergence des franc-pieds : arbres issus de graines et non plus de souches. A la différence de ces derniers, les franc-pieds offrent une diversité génétique augmentant les chances d’adaptation aux évolutions climatiques.


Le projet chêne et réchauffement climatique

  • Présentation et objectifs du projet chêne et réchauffement climatique

Le programme Chêne et réchauffement climatique a été réalisé à partir de 2009 avec le soutien financier de la Région ex.Poitou-Charentes, des ministères en charge de l’Agriculture et de l’Environnement, de l’Union Européenne.

Les signalements de dépérissement des chênaies de la zone atlantique sont de plus en plus fréquents cette dernière décennie. 1 peuplement sur 4 de chênes pédonculés a été jugé dépérissant en Poitou-Charentes. Ce niveau de dépérissement, jugé préoccupant, a plus que doublé ces 15 dernières années. Conscients que les changements climatiques risquent d’être un défi majeur pour la filière bois et les chênaies en particulier, les CRPF Normandie, Bretagne, Pays de la Loire, Ile de France – Centre, Poitou-Charentes, Aquitaine et Midi-Pyrénées se sont réunis, avec l’Institut pour le développement forestier , pour bâtir un projet ambitieux. Ce projet vise à mieux connaître et détecter les facteurs de dépérissement des chênes pédonculé et sessile en zone atlantique et ainsi de prévenir les risques induits par les changements climatiques globaux.

Les objectifs sont les suivants :

1 - COMPRENDRE, c’est déterminer les risques induits par les changements climatiques globaux ; c’est déterminer le seuil du bilan hydrique à partir duquel les chênes sessile et pédonculé dépérissent sous l’effet d’un stress hydrique. 

2 – AGIR, c’est former les forestiers aux techniques de diagnostic et proposer des recommandations sylvicoles pour prévenir et limiter les risques de dépérissement. 

3 – PREVOIR, c’est étudier les caractéristiques technologiques de transformation du chêne pubescent pour étudier ses possibilités de développement en boisements ou en régénérations naturelles. 

4- COMMUNIQUER c’est diffuser l’information aux propriétaires, gestionnaires, décideurs, mais également informer le grand public via les médias. 


  • Etat des lieux des dépérissements de chêne (module n° 1)

Durant l’année 2009, 184 peuplements de chênes (sessile, pédonculé ou en mélange avec du pubescent) ont été observés dans les forêts privées des régions Pays de la Loire et Poitou-Charentes.

Le niveau de dépérissement des forêts à dominance de chênes pédonculés est jugé très inquiétant. Le taux de dépérissement des chênes pédonculés est en moyenne 4 fois plus élevé que le chêne sessile. 4 % des 688 chênes sessiles examinés sur les deux régions ont été classés comme dépérissants contre 13 % des 859 pédonculés.

Cette première partie du projet a mis en relation le risque de dépérissement élevé et les facteurs du milieu agissant sur le bilan hydrique (et donc la quantité d’eau disponible pour les chênes) : profondeur de sol, températures et précipitations.

Ce qu’il faut retenir des premiers résultats sur les régions Poitou-Charentes et Pays de la Loire :

1. Surcapitalisation des chênaies : les chênaies sont trop denses ;

2. Dépérissement inquiétant des chênes pédonculés : ¼ des peuplements de pédonculés est dépérissant en Poitou-Charentes ; 

3. Très faibles dépérissements des chênes sessiles ; 

4. Identification de quelques facteurs explicatifs de l’augmentation du taux de dépérissement des pédonculés : 

- Forêts où la profondeur de sol est insuffisante,

- Région où la température moyenne de la saison de végétation > 16,5° C,

- Gros risque en Poitou-Charentes dans les secteurs où les précipitations annuelles sont inférieures à 800 mm. 


  • Quels sont les facteurs de risque? (modules n° 2 et 3)

Les modules n° 2 et 3 de l’étude chêne et réchauffement climatique ont montré que l’indicateur P-ETP (pluviométrie moins évapotranspiration potentielle) était intimement corrélé au taux de dépérissements. Il a ainsi été possible, sur la base de données climatiques spatialisées, d’éditer une carte des risques pour le chêne pédonculé.

Ce module a également montré que certains chênes présentaient une aptitude à la résilience après un stress hydrique. L’IDF a proposé une clé de détermination des chênes en fonction de leur résilience (protocole ARCHI).


  • Quelle place pour des chênes plus résistants comme le chêne pubescent ? (module n° 4)

Avant de penser à implanter des chênes plus résistants, tels le chêne pubescent, le chêne Tauzin, ..., il importe de bien connaître le tempérament des deux grands chênes de Pays. En effet, le chêne sessile pourra éventuellement dans certains cas se substituer au chêne pédonculé.

 

Dans le cadre de l’étude dirigée par l’Institut pour le Développement Forestier (IDF) sur l’avenir de la chênaie atlantique face aux changements climatiques, un module a été consacré à l’étude du bois du chêne pubescent. Une conclusion pour le moins inattendue ressort des études menées par des étudiants sous l’égide de l’École Supérieure du Bois (ESB) de Nantes : la qualité du bois du chêne pubescent est au moins équivalente à celle du chêne pédonculé !

 

Les essais en laboratoire ont en effet montré que les propriétés de dureté, de flexion et de compression du chêne pubescent étaient excellentes. Sa teneur en tanins semble également sensiblement égale à celle du chêne pédonculé. En somme, rien ne s’oppose à ce que son bois puisse être utilisé pour la charpente, la menuiserie ou la tonnellerie. Seule la maîtrise du séchage des sciages semble pour l’instant poser quelques difficultés.

Malheureusement, pour la plupart des forestiers, le chêne pubescent est depuis longtemps considéré comme sans intérêt, tout juste bon à occuper des sols calcaires superficiels. Dans notre région, son utilisation se résume à la production de bois de chauffage ou de pieux à moules. M. Jacamon, dans son édition de 1982 du Guide de dendrologie, écrit d’ailleurs : « conversion en futaie sans intérêt économique. Bois sans usages de qualité, fournit un bon bois de chauffage ou de charbon de bois, au mieux des traverses ».

De ce fait, il n’existe quasiment aucune donnée sur la sylviculture à appliquer au chêne pubescent. Son tempérament d’essence de lumière, exigeant en chaleur mais résistant aux froids d’hiver devrait permettre de le cultiver dans notre région. Des essais seront mis en place pour le tester en reboisement et pour étudier son rythme de croissance en fonction de diverses intensités d’éclaircies.

Dans les forêts de Poitou-Charentes, le chêne pubescent est présent plus souvent qu’on ne le croit, avec régulièrement des arbres de gros diamètres : naturellement mieux adapté à la sécheresse et moins exigeant en eau, il semble qu’il puisse représenter une alternative au chêne pédonculé face aux changements climatiques.

Bien que la qualité de leurs bois soit moins intéressante, les chênes à feuilles persistantes sont également adaptées à la sécheresse.


Le chêne pubescent, une alternative au chêne pédonculé dans le contexte du dérèglement climatique ?

Les derniers inventaires de la ressource forestière effectués par l’Institut National de l’information géographique et forestière (IGN) ont révélé, sur ces trente dernières années, une progression très marquée du chêne pubescent dans nos bois et forêts de Poitou-Charentes.

Cette évolution inattendue de par son ampleur suscite de nombreuses questions. Comment peut-elle s’expliquer alors que les sylviculteurs n’ont pas spécialement conduit une gestion qui a favorisé cette espèce par rapport aux autres ?

Y a-t-il, au sein de nos différents chênes indigènes, des hybridations naturelles qui induiraient des changements de morphologie ?

Ou, tout simplement, avions-nous ignoré sa présence par manque d’observation ?

Le chêne pubescent intéresse les forestiers. Son caractère thermophile le positionne comme une alternative potentielle aux chênes sessile et pédonculé. Son bois, souvent décrié car nerveux, s’avérerait, selon les conclusions de tests effectués récemment en laboratoire, comparable à celui du pédonculé dès lors qu’il a cru sur des terrains profonds.

Les quatre phases de l’étude 2014-2015 :

Phase 1 : état des lieux du chêne pubescent en Poitou-Charentes en relation avec les chênes pédonculé et sessile
Partenaire : Institut National de l’information Géographique et Forestière

Phase 2 : évolution spatio-temporelle de la situation des chênes en Poitou-Charentes
Partenaire : Institut National de l’information Géographique et Forestière

Phase 3 : mise en relation des évolutions constatées avec des facteurs explicatifs
Partenaires : Institut pour le Développement Forestier et Institut National de l’information Géographique et Forestière

Phase 4 : repérage des peuplements remarquables de chêne pubescent susceptibles de fournir des graines de qualité
Partenaires : Institut pour le Développement Forestier et CETEF de la Charente


(MOD-CM/07082017)